[QUAND LA CONFUSION RÈGNE EN MAÎTRE]

C’est impressionnant de voir la confusion qui peut régner chez certains photographes et leur méconnaissance de ce qu’est réellement la photographie. J’ai encore eu l’occasion de m’en rendre compte lors d’une récente discussion dans un goupe Facebook sur l’utilisation (ou la non-utilisation) des effets spéciaux dans la photographie. Si pour un photographe amateur, cela peut éventuellement se comprendre, cela pose beaucoup plus de question quand on se dit photographe professionnel, ce qui implique d’avoir une certaine expertise du métier.

La personne qui avait lancé le débat s’étonnait que la technique du fond vert soit très peu populaire chez les photographes (peu utilisée). Je lui fit remarquer que c’était peut être du au fait que l’on était plus vraiment dans de la photographie mais plus dans de l’infographie, ce qui m’a valu une volée de bois vert, comme quoi j’étais un puriste avec des œillères et que je devais évoluer. Je le fis donc remarquer que ce n’était pas une question de purisme mais de sens des mots, la photographie et l’infographie étant deux choses différentes certes proche mais différentes, et que tous les photographes n’avaient peut être pas forcément envie de faire de l’infographie. Et là on a eu droit à du grand tout et du grand n’importe quoi, surtout du grand n’importe quoi.

Qu’est ce que la photographie ?

Pour répondre à cette question rien de plus simple. Il suffit d’aller voir la définition sur n’importe quel dictionnaire. Elles seront peu ou prou les mêmes. Pour le coup, j’ai retenu celle-ci qui me paraît être assez parlante. La photographie c’est donc « l’ensemble des techniques permettant d’obtenir des images permanentes grâce à un dispositif optique produisant une image réelle sur une surface photosensible. ».

Concrêtement, il s’agit donc bien de reproduire une image réelle (donc pas quelque chose de fabriqué via un ordinateur), via une surface photosensible, surface qui peut donc être une plaque, un film ou un capteur… bref, quelque chose qui réagit à la lumière. C’est la définition de photosensible. Cependant, si on s’arrête à ça, on aura malheureusement aucune image à ce mettre sous la dent (ou sous l’oeil). Que ce soit le capteur, la plaque ou le film, il va falloir, pour pouvoir obtenir une image, développer tout ça. En effet, si vous regardez votre film argentique ou votre plaque, vous ne verrez rien dessus, idem pour le capteur numérique. Pour le film ou la plaque, il va donc falloir effectuer une action chimique dessus pour faire ressortir la photo et obtenir un négatif. Pour le capteur, il va falloir traiter les données numérique enregistrées pour obtenir une photo « brute ». Je reviendrai plus loin sur cette notion de photo « brute ». Les procédés sont certes différent mais le résultat et l’objectif reste le même. Faire apparaître l’objet photographié. Mais dans tous les cas, il y aura une action a effectuer pour y arriver.

Si dans le cas de l’argentique, cela paraissait évident, il semble que pour beaucoup, cela soit moins évident dans le cas de la photo numérique. Cela est du au fait que bien souvent, c’est l’appareil photo qui va lui-même faire le travail de développement en traduisant selon un algorithme du fabricant, ce que le capteur aura enregistré. C’est ce qui se produit quand on prend des photos directement en jpg avec un APN ou son smartphone. En fait, on ne prend pas la photo en jpg. C’est l’appareil photo qui va traiter les données enregistrées par le capteur et les restitué dans un fichier au format jpg. Sur les appareil haut de gamme et certains smartphone, on va pouvoir demander à l’appareil non pas de traiter les données mais de les restituer telles quelles dans un fichier DATA que l’on nomme fichier RAW. Ce fichier, pour pouvoir créer une image, doit être traité via un logiciel spécifique (Lightroom par exemple) pour pouvoir faire un fichier image de type jpg ou autres. L’intérêt c’est que ce n’est plus l’appareil qui va traité les données selon un algorithme prédéfini, mais le photographe ou le développeur / retourcheur, en fonction de ses propres ressentis, de ses propres envies ou des envies du client. On a donc quelque chose de plus précis, de plus personnel, comme à l’époque de l’argentique, si tant est qu’on passait par la chambre noir et non par la machine du studio photo du coin, qui faisait ça de façon très mécanique selon, là encore, un algotithme prédéfini. Tout cela s’appelle en fait le développement. Pour l’argentique cela correspond à faire apparaitre une image négative sur le film, et en numérique de traduire les données DATA en image « brut », c’est à dire tout curseur à zéro, donc tel que enregsitré par le capteur.

La photo brute

En fait, la photo brute n’existe pas, et ça, c’est une vérité absolu, quoi qu’en disent, par ignorance, certains photographes. En effet, toutes les photos sont plus ou moins retouchée. Quand votre appareil photo vous sort un fichier jpg, c’est qu’il a lui-même retouché la photo selon l’algorithme du constructeur. Cela se voit d’ailleurs si vous prenez la même photo, avec les même réglages mais avec des appareils de marques différentes. Vous n’aurez pas le même rendu. Pour le photographe qui utilise les fichiers RAW, c’est pareil. Même en laissant les curseur à zéro, il y aura une différence en fonction des logiciels utilisés mettant en évidence un léger traitement. Mais à l’époque de l’argentique, il en était de même, en fonction du film que l’on prenait, des produits que l’on utilisait… Une photo « brute » cache donc plusieurs réalités en fonction des photographes. Pour certains c’est le jpg que va produire leur appareil, entendez donc par là, que la photo est brute d’action du photographe en post-traitement. Le photographe n’a donc agit que sur la prise de vue et pas sur le traitement qui aura été fait par l’algorithme de l’appareil photo. Pour d’autres, la photo « brute » sera la photo résultante de l’importation effectué dans leur logiciel de traitement du fichier RAW, sans aucune autre action dessus. On appelle aussi cela une photo curseur à zéro. En ce qui me concerne, j’utilise la deuxième version pour parler des photos que je présente aux clients pour qu’ils fassent leur choix. C’est aussi ces photos qui seront imprimées dans les livres d’Épreuve présentés aux clients. En aucun cas, ce ne sera les photos finale que je vous livrerai, qui seront elle, toutes retouchées.

Mais la retouches c’est quoi au juste ?

Tout d’abord, il faut savoir que la retouche existait bien avant l’apparition du numérique et de Photoshop. Dès le début de la photographie, on a parlé de retouche. On en parlait même avant l’apparition de la photographie, en peinture notamment. La retouche qu’est ce que c’est ? La encore, le mieux est d’aller voir la définition, définition qui dit, dixit Wikipédia, que « La retouche d’image désigne tout procédé qui consiste à modifier une image, photographie, film cinématographique ou peinture. En photographie, la retouche consiste à corriger des défauts d’aspect, éclaircir ou assombrir l’image, augmenter ou diminuer les contrastes et retravailler la saturation des couleurs. ». Pour résumer, on va donc jouer sur la photo initiale pour en modifier certains aspects, corriger certains défauts, optimiser certaines valeurs… On pourrait aller plus loin en différenciant ce qui est du développement (les aspects généraux de la photo) et ce qui est de la retouche (les détails particuliers de la photo). Attention toutefois à ne pas aller trop loin dans la retouche car sinon on quitte le monde de la photographie pour un autre monde, celui de l’infographie.

Infographie vs photographie

Où commence l’infographie. Quand on regarde les différentes définitions, c’est assez simple de répondre à la question. Une première chose que l’on apprend, c’est que l’infographie est née avec l’apparition des ordinateurs. Donc on pourrait dire que tout ce qui était possible avant en photographie ne fait pas partie de l’infographie. Oui et non. Car avant l’infographie, il y avait le photo-montage ou le trucage photographique qui s’en rapproche très fortement. Pour faire simple, on pourrait dire que quand l’image de départ n’est pas réelle, quand la retouche transforme la photographie par ajout ou le retrait d’élément déformant ainsi la réalité de la prise de vue, ou quand les retouches vont dénaturer complètement ou de façon trop importante la réalité (modification des sources de lumière par exemple), on quitte le monde de la photographie pour épouser celui de l’infographie. Attention. En ce qui me concerne il n’y a aucun jugement de valeur entre photographe et infographiste, entre photographie et infographie. Ce sont simplement des choses différentes, complémentaires, mais différentes. Il y a cependant pour moi une chose importante à avoir en tête. L’infographie n’est pas là pour corriger une photographie, elle est là pour la transformer et la sublimer en autre chose. Et pour que l’infographie soit belle, il faut que la ou les photos qui lui serviront de base, soient, elles-même, de qualité.

Pour reprendre l’exemple de départ, lorsque l’on prend le fond vert en photo, nous sommes dans le monde de la photographie. Quand on transforme ce fond vert en autre chose, une plage de sable chaud, une montagne éternellement enneigée… on entre dans le domaine de l’infographie.

Et le noir & blanc alors ?

Le retrait des couleurs pour un traitement N&B, ne retire aucun élément de la photo, le traitement agissant sur l’ensemble de la photo. On ne tient simplement pas compte d’une caractéristique de la lumière. On reste donc dans le domaine de la photographie. A l’inverse, une désaturation partielle, c’est à dire, le fait de garder qu’un seul élément en couleur sur une photo N&B, pourra être considéré comme de l’infographie. On agit uniquement sur certains éléments de la photo pour en modifier la réalité. De la même façon, une photo sépia ou tout traitement via un virage partiel de la couleur, restera dans le domaine de la photographie, si le traitement est uniforme à l’image et non simplement localisé sur un ou plusieurs éléments de l’image.

Voilà… J’espère que ces explications permettront de lever certaines confusions et apporteront des éléments de réponse à certaines questions que vous pouvez vous poser. C’est notamment tous ces aspects là qui vont entrer en jeu pour expliquer certaines différences de tarifs entre photographes, entre ceux qui vont développer leur photo et ceux qui laisseront faire leur appareil, car le temps passé sur les photos sera évidemment pas le même. Il en sera de même pour les délais de livraison qui sera sans commune mesure entre le photographe qui ne fera qu’un simple tri de ses photos et celui qui fera le tri mais qui les développera aussi. Et là encore, cela se verra sur le tarif pratiqué. Cela ne veut pas dire que le fait que le photographe traite développe ses photos soit un gage de qualité, loin de là. Encore faut-il que le photographe sache le faire (et c’est loin d’être le cas pour tous). D’autre part, dans certains cas, le développement fait par l’appareil sera largement suffisant comme par exemple pour des photos de voyage ou du photo-reportage d’actualité dont le but est simplement informatif. A l’inverse, dès qu’il s’agit de faire ressortir des émotions, de traduire des ambiances, de sublimer des instants, le traitement basique réalisé par l’algorithme de l’appareil photo ne sera pas forcément suffisant.

Photographie : http://www.cnrtl.fr/definition/photographie
Infographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Infographie
RAW : https://fr.wikipedia.org/wiki/RAW_(format_d%27image)
Retouche d’image : https://fr.wikipedia.org/wiki/Retouche_d%27image

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